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Portrait d'Ahmed Ghayat
L’Édito 10 septembre 2026

Faire de notre jeunesse une cause nationale

Un plaidoyer à quatre mains avec Jean-Louis Borloo, par Ahmed Ghayat, acteur associatif et culturel, auteur.

De tribunes en ouvrages (De l’autre côté du soleil, Mots pour Maux, Demain sera eux, Des jeunes, des cris) ou encore au sein de l’association que je préside, Marocains Pluriels, je n’ai cessé de plaider cette cause. Dernièrement, j’ai été interpellé par une déclaration de Jean-Louis Borloo - pour moi, le plus grand expert français en matière de quartiers défavorisés, de jeunesse et de lutte contre l’exclusion - qui disait : Faire de notre jeunesse la priorité nationale devrait être notre plus grande ambition.

Voir que mes idées et mes propositions étaient alignées avec celles de Jean Louis Borloo - qui maîtrise avec tant de brio ce sujet - m’a rempli de fierté et donné l’envie de développer un plaidoyer semblable, en tant qu’acteur associatif et culturel, et homme de terrain, depuis tant d’années.

Depuis des mois, des années, je m’efforce de plaider pour que nous fassions de notre jeunesse une cause nationale.

Jean-Louis Borloo écrit : 1,5 million de jeunes ne sont pas dans le train sur 8 millions. Il est grand temps de réparer la France avec l’aide des mécanos de la République. Et bien nous sommes dans une situation très semblable : au Maroc, nous comptons environ 2,94 millions de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation, et ce chiffre concerne principalement les jeunes de 15 à 29 ans.

Faire de notre jeunesse une cause nationale ne peut être la mission d’un seul Ministère, tous les Ministères sont concernés : éducation, emploi, santé, culture, sport, formation, justice… Tous ! Mais car il y a un mais, la lutte contre l’exclusion est aussi l’affaire des élus, élus locaux, régionaux, parlementaires - largement absents - mais là encore, pas seulement.

Jean-Louis Borloo quant à lui dit : Faire de la place des jeunes une grande cause nationale, notamment en s'appuyant sur les clubs sportifs et les territoires. Ce doit être un travail d’équipe : Fédérer des talents de la société civile, des entreprises et du terrain.

Faire de notre jeunesse une cause nationale ne peut être la mission d’un seul Ministère, tous les Ministères sont concernés : éducation, emploi, santé, culture, sport, formation, justice… Tous !

À nouveau, je le rejoins entièrement : j’ajouterais seulement le rôle des associations locales qui agissent au plus près des habitants et en particulier des jeunes. C’est dans les clubs sportifs, dans les associations que notre jeunesse apprend le respect, l'entraide, le goût de l'effort, l'autorité, la maitrise de soi, le sens des responsabilités et de l'engagement.

Ces compétences humaines qui permettent à chaque jeune de reprendre confiance en soi et de trouver sa voie. Or, les clubs sportifs de nos communes, de nos villes, de nos quartiers, ainsi que les associations de jeunes sont les parents pauvres de tous nos budgets nationaux, régionaux, locaux…

lorsqu’ils ne sont pas carrément ignorés. Jean-Louis Borloo rend un hommage ô combien mérité aux 3,5 millions de bénévoles qui œuvrent en France. Relisez mes tribunes, j’y consacre des pages et des pages à célébrer les acteurs associatifs, culturels, les médiateurs, les entraineurs sportifs qui consacrent leur temps, leur énergie, souvent même leur argent à encadrer notre jeunesse.

C'est une force considérable estimée à plus de 500 000 personnes au Maroc, et qui doit être absolument impliquée dans la politique qu’il nous reste à définir et à mettre enfin en pratique en direction de nos jeunes.

C’est dans les clubs sportifs, dans les associations que notre jeunesse apprend le respect, l'entraide, le goût de l'effort, l'autorité, la maitrise de soi, le sens des responsabilités et de l'engagement.

Pour Jean-Louis Borloo, le sport transmet aux jeunes le respect, l’entraide, l’autorité et le sens de l’engagement. Il souhaite renforcer le rôle des clubs et des éducateurs, au plus près des communes et des quartiers. Je plaide pour que les acteurs associatifs, culturels, les animateurs sportifs, les animateurs de quartiers deviennent les cogestionnaires des Maisons de Jeunes et des terrains de sport de proximité, au lieu de les confier à des fonctionnaires communaux en fin de carrière pour les premières et aux présidents de communes pour les seconds.

Au sujet des scènes de violences qui se répètent après certains matchs, Jean-Louis Borloo affirme bien sûr que ces scènes sont inadmissibles, mais qu’elles traduisent une réalité : une partie de la jeunesse tente d'exister à travers ces débordements.

La aussi, je le rejoins totalement, les Clubs d’Ultras sont devenus chez nous des sortes de Tribus, de Familles, où nos jeunes trouvent une identité commune, des codes collectifs, un exutoire qui leur permet de s’exprimer, de se montrer, d’exister et, pour une fois, d’être pris en compte !

Etre des bnedems, certes négatifs mais bnedems quand même !

Je plaide pour que les acteurs associatifs, culturels, les animateurs sportifs, les animateurs de quartiers deviennent les cogestionnaires des Maisons de Jeunes et des terrains de sport de proximité.

Écoutez les paroles de leurs chansons, regardez leurs tifos et vous verrez à quel point nos jeunes sont bourrés de talent, d’inventivité, d’énergie, d’enthousiasme. Imaginez si nous arrivions à faire en sorte que nos jeunes soient inclus dans une démarche constructive, nous les avons à portée de la main nos mécanos capables de réparer l’insertion sociale, de remettre en marche l’ensemble de la jeunesse reléguée, de contribuer à réparer le Maroc à 2 vitesses.

En guise de clôture de ce plaidoyer à quatre mains, je cite la phrase de conclusion de Jean Louis Borloo : la jeunesse peut produire le pire comme le meilleur, que j’ai de mon côté, résumé il y a déjà longtemps Si nous réussissons à inclure notre jeunesse, elle sera un extraordinaire accélérateur de notre progrès, dans le cas contraire, elle sera un caillou dans le soulier du progrès.

Imaginez si nous arrivions à faire en sorte que nos jeunes soient inclus dans une démarche constructive, nous les avons à portée de la main nos mécanos capables de réparer l’insertion sociale
Ahmed Ghayat Acteur associatif et culturel, auteur